Chalk Line (de Clotilda à Joséphine)
27,00 €
Chalk Line rend hommage à la chatoyante personnalité qu’était Joséphine Baker. Américaine, naturalisée française, patriote, féministe, elle entre en résistance contre les nazis avec autant de ferveur qu’elle milite pour les droits civiques américains. Animée d’une forte conscience que l’archipel du monde est désormais majoritairement métissé, c’est toutefois en France que Joséphine Baker choisit de vivre, d’exercer son art, et de fonder sa famille en adoptant 12 enfants du monde entier, tribu arc-en-ciel qui formera l’ultime réalisation épique de son idéal humaniste.
L’inspiration vocale et textuelle de la pièce puise sa principale source dans le discours que Joséphine Baker prononce au Lincoln Memorial de Washington le 28 aout 1963 lors de la marche pour l’emploi et la liberté initiée par Martin Luther King. Dans l’archive sonore radiophonique de cette journée historique, on peut apprécier tout à la fois la chaleur et la dignité de l’oratrice, dont le swing naturel engendre tous les motifs musicaux de la pièce. La coloration particulière des micros de l’époque procure à l’enregistrement une forme de halo autour de la voix parlée, dont l’orchestration tisse un champ harmonique complet, de sorte à nimber la voix chantée soliste d’un écrin contemporain spectral.
Ainsi Chalk Line prend la forme d’une traversée, entre deux temps et deux mondes dont Joséphine Baker est une médiatrice. Le Clotilda, dernier navire négrier américain connu en 1860 (alors même que cette pratique est interdite depuis 1808 et passible de peine de mort depuis 1820) est incendié puis coulé dans la baie de Mobile après avoir déchargé sa cargaison de marchandise humaine dans les marécages. Leurs propriétaires se servent de la tactique même des esclaves marrons en fuite pour les cacher. L’histoire de Clotilda devient celle de ces 110 africains de langues, ethnies et origines différentes, captifs d’un équipage de 12 marins dans une goélette de 26 mètres par 7, devenus fugitifs puis «libérés» cinq ans plus tard dans un état fortement ségrégué. Ce sont eux qui ont nourri mon imaginaire fondateur de la nécessité communicative de se maintenir en vie en tant qu’être, par la musique, avant même d’avoir l’opportunité de faire langue commune. Toutes les émotions s’expriment à travers la vitalité du rythme, et la force expressive y est d’autant décuplée que par ailleurs on nie leurs droits existentiels: leur état civil, leur propre nom, leurs propres racines, bref, leur propre humanité. La danse se fait donc caricature de maintien, bancale et chaotique, Ragtime ou Cake-walk de parade où il faut être le plus beau avec des chiffons mais surtout rester à sa place, et ne jamais dépasser ladite ligne de craie (chalk line) qui délimite le droit au rire simiesque du carnaval.Rassembler le disparate pour en faire un style commun et en construire la cohérence, humaniser l’absurdité et l’injustice des conditions de survie, c’est le projet de société que la musique américaine endosse pour faire émerger une identité vibrante de ses 50 états. Finalement, notre franchissement de la Chalk Line se passe en trois étapes. C’est d’abord la rencontre avec l’hétérophonie de chants de travail passionnément collectés par Alan Lomax dans les pénitenciers du sud. C’est ensuite l’immense élan de confiance pacifiste que cette marche en faveur les droits civiques répend. Et c’est enfin l’exhortation toujours aussi vivante de Daisy Bates pour l’équité et l’éducation.
Information additionnelle
| Poids | 0,510 kg |
|---|---|
| Dimensions | 42 × 29,7 × 1 cm |
| Support | PDF, Papier |
